Talisman,
Cosmos. Circuits trois moments
parmi d'autres, arrachés
au garrot de l'oubli, repris
au temps. Trois moments
que je choisis comme si
je les avais vus naître,
ou peut-être parce que,
plus que d'autres, ils ressemblent
à François. Dans leur manière
d'égrener la durée, de suspendre
la phrase dans l'improbable,
de revenir au même qui n'est
plus le même. Comme si le
piano comptait ses pas dans
une errance cryptée.
La
beauté de la musique est
de contenir un secret, de
cacher un secret: quel était
celui qui poussait François,
de ces rumeurs obstinées
des basses à ces égouttements
raffinés, distillés du médium
à l'aigu ? En fait, plus
que son visage grave, ses
cheveux coulant sur ses
joues, son regard tourné
vers lui-même, vers des
beautés peut-être indicibles
qui retenaient ses mots,
ce sont ces accords, ces
croisements de rythme, ces
détours mélodiques, ces
subtiles courbes tonales
et leurs écartèlements mélancoliques
qui sont le vrai portrait
de François. L'image oublie
les yeux, le temps brouille
les traces — demeure ce
qui a été créé, message
sans passé ni futur, présent
palpable à l'oreille, toujours.
Un
autre corps, virtuel: Mozart
n'a pas même pas de lieu
pour les rituels de la mémoire;
sa musique pourtant est
vivante. François a su inventer
dans le piano des espaces
qui sont des cheminements
délicats, des agrégats poétiques
où le rythme trame des accords
qui, le plus souvent dans
la couleur inquiète du ton
mineur, nous reportent à
nos propres secrets — qu'il
éveille au coude d'un arpège,
d'un déhanchement syncopé,
d'une lente descente chromatique.
D'un
silence aussi, avec lequel
il composait comme les poètes
écrivent avec les «blancs».
D'une pièce à l'autre, dans
le même mouvement secret,
François les yeux fermés
comme quand il jouait, concentré.
Impérissable
Alain
Duault
François
est entré en 1971 dans la
classe d'improvisation que
je dirigeais alors au Conservatoire
Populaire. Il était comme
une éponge, absorbant avidement
les connaissances que je
lui transmettais, affamé
de musique qu'il interprétait avec une rare sensibilité
et transformait au gré
de ses phantasmes, sans
cesse en quête d'un rêve
qu'il poursuivait.
Sous
l'écorce tendre de sa sensibilité,
il avait une fragilité encore
plus vulnérable, celle-là
même qui fait basculer dans
le vide les enfants auxquels
on avait recommandé de ne
pas trop se pencher.
Dans
sa recherche frénétique
de l'absolu, François a
perdu l'équilibre et basculé
dans le vide, laissant derrière
lui la naissance d'une œuvre
prometteuse, précieusement
recueillie par une mère
courageuse qui, de cette
fin tragique, fait renaître
l'espoir.
Oswld
Russell
Talisman,
Cosmos, Circuits, three
moments among others, snatched
from the stranglehold of
oblivion, reclaimed from
Time. Three moments I have
chosen as if I had seen
their birth, or perhaps
because, more than others,
they are like François.
In their way of telling
off duration, of suspending
a phrase in the improbable,
of returning to the saine
thing which is no longer
the same. As if the piano
was counting steps in a
cryptic meander.
The
beauty of music is to contain
a secret, to hide a secret:
which one propelled François
from these obstinate murmurs
of the base to these fine
plashings, distilled from
the medium to the treble
? In fact, more than his
grave face, his hair flowing
on his cheeks, his look
turned on himself, towards
perhaps inexpressible beauty
which stemmed his words,
it is these chords, these
cross-rhythms, these melodious
diversions, these subtle
tonal curves and their racked
melancholy which are the
true portrait of François.
The
image forgets the eyes,
time blurs the traces -
what was created remains,
a message with no past and
no future, palpably present
to the car, always. Another
body, virtual: Mozart has
not even a place for the
rites of memory; his music,
however, is alive.
François
knew how to invent, in his
piano, spaces which are
delicate progresses, a poetical
whole where rhythm weaves
chords, which, the most
often in the unquiet shades
of the minor, lead us to
our own secrets, — which
he evokes in the bend of
an arpeggio, of a syncopated
dislocation, of a slow chromatic
descent. Of a silence too,
with which he composed like
poets write with their white
spaces. From one piece to
another, in the saine secret
movement, François, his
eyes shut as when he played,
concentrated. Imperishable.
Alain
Duault
François
joined, in 1971, the improvisation.
class which I was then running
at the Popular Conservatory
(Geneva). He was like a
sponge, avidly absorbing
the knowledge I passed on
to him, starving for music
which he interpretated with
uncommon sensitiveness and
transmuted according to
his phantasy, ceaselessly
seeking a dream he pursued.
Beneath
the tender bark of his sensibility,
his fragility was even more
vulnerable. such fragility
as pitches children into
the void though one has
warned them not to lean
over too far.
In
his frantic search for the
absolute, François lost
his balance and pitched
into the void. leaving behind
him a promising budding
corpus, devoutly collected
by a courageous mother.
who, out of this tragic
end, brings forth hope.